Méthode

Mesurer le retour d’un agent sans se mentir

La question « est-ce que ça a marché ? » se tranche si — et seulement si — on a relevé quatre chiffres avant. Sinon on compare une impression à un souvenir, et tout le monde a raison.

17 juillet 20266 min de lecturePar Sébastien Joumel
La mesure se décide avant, pas aprèsQuatre chiffres relevés sur un mois complet avant l’ouverture. Sans eux, la conversation à trente jours ne vaut rien.

Les quatre chiffres d’avant

Ils se relèvent sur un mois entier, jamais sur une semaine choisie :

  • Le volume : combien de fois le geste est fait, par semaine.
  • La durée : combien de temps il prend, chronométré cinq à dix fois.
  • Le délai : le temps écoulé entre l’arrivée de la demande et la réponse.
  • Le taux d’échec : la part de cas non traités, traités en retard, ou repris.

Le quatrième est le plus souvent oublié, et le plus parlant : c’est lui qui chiffre les affaires perdues, pas les heures gagnées.

Ce qu’on mesure à trente jours

Les mêmes quatre, plus trois qui n’existaient pas avant :

  • Le taux de correction : la part des sorties modifiées avant envoi. Il doit baisser, puis se stabiliser — jamais atteindre zéro.
  • Le taux d’escalade : la part des cas remontés à une personne. Un taux trop bas est suspect, pas rassurant.
  • Le coût d’exploitation : jetons, hébergement, licences, ramenés au traitement.

Trente jours est le bon horizon : assez long pour dépasser l’effet de nouveauté, assez court pour corriger avant d’avoir tout industrialisé.

Trois biais qui font conclure trop vite

Le mois de lancement. Les équipes sont attentives, les cas faciles passent en premier, tout le monde regarde. Le deuxième mois est la vraie mesure.

Le geste déplacé. Le temps ne disparaît pas toujours : il migre vers la relecture, ou vers la personne qui corrige le circuit. Il faut le compter là où il est allé.

Le succès attribué. Une hausse de chiffre d’affaires ce trimestre-là n’est pas forcément due à l’agent. Ce qu’on peut affirmer honnêtement, c’est le délai et le volume traité. Le reste se discute.

Un système qu’on n’a pas mesuré n’est pas un succès : c’est une habitude.

Savoir arrêter

Environ un système ouvert sur six ne tient pas ses promesses. Les causes sont presque toujours les mêmes : un volume trop faible pour amortir, une matière documentaire trop pauvre, ou un geste qui demandait plus d’arbitrage qu’on ne l’avait vu.

Dans ce cas, on l’écrit, on l’éteint, et on regarde le système suivant de la liste. C’est aussi pour ça qu’on n’en ouvre qu’un à la fois : se tromper sur un système coûte quelques semaines ; se tromper sur cinq en parallèle coûte un an et la confiance des équipes.

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Décrivez le geste qui vous coûte le plus cher. Nous vous dirons ce qui est faisable, en combien de temps et à quel prix. Si la réponse est non, vous repartirez avec les deux raisons pour lesquelles c’est non.